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Du gras ou du muscle ?

Santé

Mis Ă  jour le

Salut mon p’tit pote !

Dans certaines salles de sport dont je ne citerai pas le nom pour ne pas leur faire de (mauvaise) pub, il est courant de commencer son programme “minceur” par un petit tour sur la balance Ă  impĂ©dancemĂ©trie. Le client monte sur cette machine du turfu, et PAF ! On lui sort, en une demi-seconde, Ă  peu prĂšs tout ce qui est imaginable : son poids, sa masse grasse, sa masse maigre, sa masse osseuse, l’heure qu’il est, la mĂ©tĂ©o du lendemain, les titres du JT de France 2
 Impressionnant, et effet garanti.

Avec le coach, on se met d’accord sur les objectifs : perdre 3 kg pour montrer son nouveau boule sur la plage cet Ă©tĂ© (et 3 kg de gras bien sĂ»r). On n’a pas fait tous ces squats pour rien, hein.

3 semaines et quelques courbatures plus tard, nous revoilĂ  dans cette mĂȘme salle pour un premier bilan. On monte Ă  nouveau sur la machine, et
 Mother fucker, exactement le mĂȘme poids ! La tuile, la grosse. 

Mais heureusement, votre coach est lĂ  pour vous rassurer : la machine indique 1kg de masse grasse en moins, ce qui signifie que le gras s’est transformĂ© en muscle ! Wow, cet entraĂźnement est tellement efficace ! FĂ©licitations, quelle bonne idĂ©e d’avoir craquĂ© son PEL pour ce coach !

Mais
 Tu l’as sentie venir, la douille ?

La composition corporelle

Pour y voir plus clair, explorons le monde merveilleux de la composition corporelle. Il est maintenant clair que se baser uniquement sur le poids est une absurditĂ©, cette donnĂ©e Ă©tant intĂ©ressante mais trĂšs variable (en fonction du jour de la semaine, de l’heure de la journĂ©e, de l’état d’hydratation, du dernier repas englouti
). 

Par ricochet, il est clair que la balance peut afficher des variations d’un ou deux kilos sans que ce soit inquiĂ©tant. 

Pour ĂȘtre plus prĂ©cis, il est intĂ©ressant de dĂ©tailler de quoi est composĂ© le corps, c’est-Ă -dire de mesurer la masse des diffĂ©rents composants : masse grasse, masse maigre (les muscles), masse osseuse, masse hydrique (quantitĂ© de flotte). Et les variations de ces composants sont bien plus intĂ©ressantes que celles du poids ! 

Quelques exemples


  • Je prends 3 kg, mais ce n’est que du gras : PAS BIEN.
  • Je prends 3 kg, mais ce n’est que du muscle : BIEN.
  • Je prends 1 kg parce que je viens de boire un litre de flotte : bah je vais le pisser donc balek.

Le gros problĂšme, ce sont les mesures de ces composants corporels qui ne sont pas toujours trĂšs fiables. Ou plutĂŽt toujours pas trĂšs fiables. Ou plutĂŽt toujours trĂšs pas fiables. Ok, j’arrĂȘte.

Une revue de littĂ©rature rĂ©cente (Mars 2023, donc y’a un an hein) a comparĂ© les diffĂ©rents types de mesures (ainsi que leur fiabilitĂ©), et il en existe 3 :

  • L’anthropomĂ©trie, mĂ©thode la plus connue et la moins onĂ©reuse : elle utilise les diffĂ©rentes mesures du corps (dont les pĂ©rimĂ©tries comme le tour de taille, de poitrine ou de cuisse), et les plis de peau qu’on prend Ă  l’aide d’une petite pince.
  • L’impĂ©dancemĂ©trie, mĂ©thode qui se base sur la conductivitĂ© de l’eau dans le corps : la quantitĂ© d’eau Ă©tant diffĂ©rente dans les muscles et dans le tissu adipeux, le courant Ă©lectrique (ce n’est pas du 320 Volts, t’inquiĂšte) passe diffĂ©remment et il est freinĂ© quand il y en a moins car le tissu est moins conducteur (c‘est le cas du tissu adipeux).
  • L’absorptiomĂ©trie Ă  double rayon X aussi appelĂ© DXA, mĂ©thode la moins connue mais la plus chĂšre et de loin : avec cette sorte de machine d’IRM, on va projeter des rayons X qui vont plus ou moins ĂȘtre “absorbĂ©s” par les diffĂ©rents tissus (les os, par exemple, vont rĂ©duire considĂ©rablement le flux de photons et donc donner une image diffĂ©rente des autres tissus).

Le gros problĂšme de ces 3 types de mesures, c’est que leur fiabilitĂ© est trĂšs relative
 Aucune ne peut mesurer, de maniĂšre directe, la masse grasse ou la masse musculaire. Elles passent par des Ă©quations ou des calculs qui tentent de traduire la rĂ©alitĂ© et donner le fameux “pourcentage de masse grasse” si cher aux sportifs, mais on est souvent bien loin du compte.

La méthode des plis de peau pour évaluer la masse grasse

Prenons les plis de peau, au hasard. DĂ©jĂ , si tu utilises une pince Ă  linge ou la “Harpenden” qui est l’outil de choix (et pour lequel tu devras mettre un petit billet), tu n’auras pas les mĂȘmes valeurs. D’ailleurs, les variations se glissent Ă  tous les Ă©tages : le pourcentage de masse grasse va dĂ©pendre de la pince mais aussi de l’opĂ©rateur, du nombre de plis de peau, de l’équation utilisĂ©e, de la rĂ©partition de la masse grasse, du sexe, de l’ñge, de l’ethnie
 

Autant dire que si ce n’est pas le mĂȘme opĂ©rateur qui fait toujours les mĂȘmes mesures avec toujours la mĂȘme Ă©quation, on ne pourra pas comparer les rĂ©sultats. Et d’une personne Ă  l’autre, les rĂ©sultats ne sont pas comparables ! Seule l’évolution intra personnelle est vraiment digne d’intĂ©rĂȘt.

L’impĂ©dancemĂ©trie pour Ă©valuer la masse grasse

Passons Ă  l’impĂ©dancemĂ©trie. De la mĂȘme façon, les outils de mesure sont trĂšs diffĂ©rents les uns des autres et les plus fiables sont trĂšs chers. Il faut compter quelques milliers d’euros donc la balance “rĂ©volutionnaire” de chez Lidl, tu peux oublier. Ensuite, ces mesures se basent sur la quantitĂ© d’eau dans le corps. Que se passe-t-il si la personne vient de boire 1 L, ou si elle sort de sa sĂ©ance de sport ? Et bien, les rĂ©sultats ne sont plus du tout les mĂȘmes. Car encore une fois, le pourcentage de masse grasse n’est pas mesurĂ© directement mais passe par un calcul. Autre point faible, et de taille : l’état cutanĂ©. Les capteurs se trouvent sur la peau : si cette derniĂšre est sĂšche ou pleine de crĂšme, les rĂ©sultats seront complĂštement diffĂ©rents.

Le Dexa Scan pour évaluer la masse grasse

Pour la DXA, on va moins dĂ©tailler, parce qu’il est hautement improbable que tu l’utilises un jour tellement cette machine est hors de prix. Longtemps considĂ©rĂ©e comme une mesure infaillible, on sait aujourd’hui qu’elle donne de grandes erreurs d’approximation. Elle reste trĂšs performante pour mesurer la valeur minĂ©rale osseuse mais pour la masse grasse, on repassera.

Lequel est le mieux pour savoir si on a du muscle ou du gras ?

Que faire, donc ? Le plus sensĂ© serait d’abord d’arrĂȘter de se comparer aux voisins, voisines, copains, copines, mec plus musclĂ©, meuf plus fit qui s’entraĂźne Ă  cĂŽtĂ©. Ce qui est vraiment intĂ©ressant, c’est notre propre Ă©volution. Et pour l’apprĂ©cier, il est important d’avoir plusieurs marqueurs de suivi. 

L’anthropomĂ©trie a le mĂ©rite d’ĂȘtre relativement facile Ă  mettre en place, de ne pas nĂ©cessiter de gros moyens et d’ĂȘtre reproductible. Quelques recommandations : prendre au moins 6 plis de peau mesurĂ©s par le mĂȘme opĂ©rateur, et utiliser la mĂȘme Ă©quation. Le plus fiable est d’ailleurs de ne pas s’embĂȘter avec l’équation et de suivre l’évolution de la somme des plis, tout simplement. Afin de lisser les erreurs, multipliez les prises de mesures.

Si vous utilisez une machine d’impĂ©dancemĂ©trie, mĂ©fiez-vous car rares sont les professionnels qui ont choisi leur machine pour leur fiabilitĂ©. Et rappelez-vous : la mesure sera fortement influencĂ©e par votre Ă©tat cutanĂ©, et par votre hydratation du moment. Multipliez les mesures, et combinez-les aux mesures de plis de peau.

Enfin et surtout, ne croyez pas aux miracles. Le gras, oĂč qu’il se trouve, ne se transforme pas en muscle. Vous pouvez perdre du gras, vous pouvez prendre du muscle. Mais ce sont des processus lents, donc soyez patients et indulgents avec vous-mĂȘme. Les rĂ©sultats rapides sont encourageants, mais rien ne vous assure qu’ils seront durables. Gardez la motivation, les amĂ©liorations arriveront Ă  coup sĂ»r si vous restez rĂ©guliers et si vous gardez le cap. 

Conclusion

Il est important de conserver de la distance avec les chiffres, on peut leur faire dire n’importe quoi. Cela ne doit pas ĂȘtre un couperet qui tombe mais une base pour discuter, Ă©changer avec votre coach, diĂ©tĂ©ticien, nutritionniste, professionnel de santĂ©, qui ne vous jugeront pas (s’il sont compĂ©tents et bienveillants) et vous accompagneront dans votre objectif final : montrer votre nouveau boule sur la plage cet Ă©tĂ©.

Allez, a tato !

Bibliographie

SebastiĂĄ-Rico, Jaime, Jose M. Soriano, Noelia GonzĂĄlez-GĂĄlvez, and JosĂ© Miguel MartĂ­nez-Sanz. “Body Composition of Male Professional Soccer Players Using Different Measurement Methods: A Systematic Review and Meta-Analysis.” Nutrients 15, no. 5 (February 25, 2023): 1160. https://doi.org/10.3390/nu15051160.

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