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Tu seras un champion, mon fils (ou pas)

Conseils kiné du sport

Mis Ă  jour le

Salut mon p’tit pote !

Le fiston de Cristiano Ronaldo, 5 ans et pas (beaucoup) plus de dents, qui suit les mĂŞmes sĂ©ances que son père. Le bambin de LĂ©o Messi, qui garde ses gants de gardien de jour comme de nuit et qui s’entraĂ®ne depuis le berceau Ă  (tenter de) capter les frappes du paternel. Mieux : le fils de Conor “The Notorious” McGregor, qui envoie des uppercuts Ă  4 piges. Leur destin est tout tracĂ© : Ă  commencer dès le plus jeune âge, c’est Ă©vident, ce seront de grands champions. En effet, ĂŞtre si bon si tĂ´t et s’entraĂ®ner autant depuis si jeune serait la recette du succès.

Et si je te disais que c’était probablement tout le contraire qu’il faudrait faire ?

Faut-il se spécialiser dans un sport étant jeune ?

Pour répondre à cette question, on va donc s’attaquer à une idée bien ancrée dans la société et les institutions sportives : pour aller vers l’excellence sportive, il faut pratiquer beaucoup et dès le plus jeune âge. Une opinion partagée par beaucoup et soutenue par de nombreux exemples de petits prodiges devenus grands, des sœurs Williams à André Agassi en passant par Michael Phelps ou Tiger Woods. 

C’est également une idée assez logique : on pense instinctivement que plus un sport est pratiqué tôt de manière assidue, plus les gestes seront ancrés et plus les pratiquants seront performants plus tard. On pourrait donc fabriquer des champions ainsi, surtout s’ils sont guidés par les meilleurs.

Mais avant d’acheter une raquette à ta gamine, laisse-la finir son bib’ et jetons un œil aux articles scientifiques sur le sujet.

On a une idée et on a des exemples, alors confrontons-les à un échantillon plus large. C’est à cela que sert la science, en réalité ! 

Que nous dit la science au sujet de la spécialisation des enfants ?

Un papier du Journal de Traumatologie du Sport de 2023 a fait l’inventaire des articles concernant ce qu’on appelle la “SpĂ©cialisation Sportive PrĂ©coce”, ou SSP. Elle est dĂ©finie par les experts comme “la participation intentionnelle et ciblĂ©e Ă  un seul sport pendant la majeure partie de l’annĂ©e, ce qui limite les possibilitĂ©s de s’engager dans d’autres sports et activitĂ©s” chez l’enfant prĂ©pubère.

Il y a donc la notion d’âge, et celle de pratique d’une activité exclusive. Rien à voir avec toi qui jouait (et chouinait) tout le temps au foot à la récré, on parle ici d’enfants hautement spécialisés. Qui ne pratiquent qu’un seul et unique sport durant la grande majorité de l’année, ce qui de fait les empêche de pratiquer quoi que ce soit d’autres.

De prime abord, on peut déjà se poser la question du consentement et de la part de choix de l’enfant : ce dernier est bien souvent guidé par des parents assoiffés de réussite filiale, poussant et organisant la vie du petit dans le but d’en faire un champion (et d’encaisser la maille qui va avec, surtout).

Mais passons, on ne s’attardera que sur la réussite présumée.

Les chiffres sont clairs, et les résultats sans appel : les enfants spécialisés précocement ne sont pas ceux qui réussissent le mieux. Pire : c’est même un désavantage !

Trois raisons sont à l’origine de ce constat finalement pas si fou, surtout si on regarde la différence de talent entre Zinédine Zidane et ses gosses.

La première est sanitaire : plus on pratique jeune et fort, plus on est Ă  risque de blessures… et les chiffres sont alarmants : on estime Ă  plus de 5 milliards par an le coĂ»t des blessures liĂ©es Ă  la SSP aux Etats-Unis of America. Mother fucker, ça fait un sacrĂ© trou dans le budget. 

Une méta-analyse, portant sur plus de 5700 jeunes sportifs, a comparé le taux de blessures des spécialisés par rapport aux autres : pour l’ensemble des blessures, les jeunes prodiges ont 37% de risque supplémentaire de se péter. Plus précisément, pour les pathologies de surcharge, une autre étude sur plus de 5000 enfants (mais où trouvent-ils tous ces mômes ?) considère que le risque augmente de 81% chez les jeunes spécialistes. Ça fait pas mal de casse quand même, non ?

En même temps, il ne faut pas être le couteau le plus aiguisé du tiroir pour piger qu’un enfant en pleine croissance à qui on demande inlassablement de répéter toujours le même geste a plus de risque de se flinguer. Ajoute à cela le rythme des compétitions, la pression, la fatigue, le manque de sommeil…

Pourquoi les enfants spécialisés ne deviennent pas (forcément) des champions ?

La seconde raison expliquant que les petits ne deviendront peut-être jamais de grands champions en découle : outre les blessures physiques, les jeunes sont à risque de souffrance psychologique.

Les niveaux de stress et d’anxiété sont significativement plus hauts chez ces jeunes, sans parler de l’isolement social qu’ils subissent dû à leur pratique. Accompagné de repos insuffisant, le combo est parfait pour que vos petits se retrouvent en grande difficulté psychologique. Cela peut aussi provoquer de moins bons résultats scolaires, et aller jusqu’au burn-out ! C’est déjà pas marrant chez les grands, alors chez les minots…

Pour éviter cela, 2 grandes sociétés savantes américaines (l’Académie Américaine de Pédiatrie et la Société Médicale Américaine du Sport) ont émis des recommandations (certaines sont tellement évidentes que le simple fait de devoir les mentionner fait flipper) :

  • PrĂ©server le plaisir, avec des entraĂ®nements amusants (la base de la base, non ?) ;
  • Prendre 1 Ă  2 jours de repos par semaine (ou mĂŞme davantage, hein !) ;
  • Faire des pauses annuelles de 2 Ă  3 mois du sport en question (et pas seulement parce que la cheville est en vrac) ;
  • Éduquer les jeunes athlètes Ă  s’écouter et Ă  moduler leur pratique (au lieu de leur faire miroiter des destins Ă  la Kylian MbappĂ©) ;
  • Avoir comme objectif le dĂ©veloppement des compĂ©tences plus que la victoire et la compĂ©tition (sans doute la plus importante).

On pourrait également croire que ceux qui passent à travers les gouttes des blessures physiques et mentales vont, quant à eux, percer à coup sûr. Une réflexion qui suivrait la règle de la “sélection naturelle” : les plus forts s’en sortent, les autres crèvent sur le bord de la route… Selon la légende, les Spatiates ne gardaient que les bébés bien portants, ce qui leur aurait permis d’avoir l’armée la plus forte de tous les temps.

Et bien, pas du tout. La spécialisation précoce n’augmente pas les chances de percer au plus haut niveau, au contraire même.

En Allemagne, une étude sur 1500 athlètes olympiques a constaté que les meilleurs avaient participé à plusieurs sports après 11 ans et s’étaient spécialisés sur le tard. Aux Etats-Unis, les mêmes résultats se sont retrouvés pour une population de 400 athlètes universitaires : les meilleurs avaient un âge moyen de spécialisation supérieur d’1,1 ans. 

En 2004, les athlètes participant à l’Olympiade avaient un âge moyen d’initiation à leur sport non pas de 4, 5 ou 6 ans mais d’11 ans et demi ! Plus l’athlète avait commencé tard son sport, plus tôt il participait à des championnats de niveau international. Une dinguerie.

Encore plus fou, des chercheurs danois ont montrĂ© que les sportifs de niveau Élite avaient passĂ© moins de temps Ă  l’entraĂ®nement intensif et spĂ©cialisĂ© que les autres. Mais Ă  21 ans, surprise, les chiffres s’inversent : les Ă©lites accumulent plus de temps d’entraĂ®nement. Pourquoi ? Parce que mĂŞme s’ils se sont moins entraĂ®nĂ©s durant leur pubertĂ©, ils ont Ă©tĂ© capables d’augmenter drastiquement leur dose d’entraĂ®nement Ă  la fin de l’adolescence. Ce que les autres ne sont pas capables de faire, sans doute par usure physique ou mentale…

Comment préparer les enfants au mieux ?

Que faire alors ? Et bien, tout changer !

Durant l’enfance et jusqu’à la pubertĂ©, il faut faire jouer les mĂ´mes. Ils ont besoin de courir. Sauter. Danser. Taper. Voler. BREF, faire les cons : ils ont besoin de se dĂ©fouler, et de dĂ©couvrir leur corps en s’amusant. En voilĂ  une nouvelle, dis donc ! 

Selon toutes les organisations de rĂ©fĂ©rence et en se basant sur les preuves scientifiques Ă  notre disposition, on peut aujourd’hui dire avec assurance que la diversification prĂ©coce est très utile et bĂ©nĂ©fique pour les enfants et pour leur dĂ©veloppement futur. Non seulement ce seront sĂ»rement des adultes en meilleure santĂ© physique et mentale, mais en plus ils seront bien meilleurs plus tard et pourront alors s’entraĂ®ner beaucoup plus fort !

Selon les écrits de Cote et al. sur lesquelles se basent beaucoup d’experts “ils développent ainsi des compétences physiques, cognitives, sociales, émotionnelles et motrices nécessaires pour s’investir dans une spécialisation très poussée”. Ce serait con de s’en passer !

On tient donc le combo gagnant si tu veux que ton descendant génétique soit le descendant athlétique d’Erling Haaland : diversification précoce, spécialisation tardive. Résultats : davantage de motiv’, de bien-être ou encore de compétences… et moins de blessures. Des individus heureux, en bonne santé et performants. Que demande le peuple ?

Il serait donc peut-être temps de changer de paradigmes, désormais, et d’arrêter de croire par exemple que la musculation est bien plus dangereuse pour nos enfants et nos ados que le foot ou le hand. Le problème n’est pas là, ne nous trompons pas d’ennemi. Laissons-les jouer, encourageons-les à s’amuser. Et s’ils ne feront sans doute pas une meilleure carrière que mini-CR7 ou mini-Pulga, ils seront certainement plus heureux. 

Allez, Ă  tato !

Bibliographie

Delvaux, F., J.-L. Croisier, and J.-F. Kaux. “La spécialisation précoce du jeune sportif : la route vers le succès ?” Journal de Traumatologie du Sport 40, no. 3 (September 2023): 155–60. https://doi.org/10.1016/j.jts.2023.06.011.

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