Comment soigner une luxation de l’épaule ? Ce niveau d’instabilité où la tête humérale perd le contact avec l’omoplate peut être très handicapant, et nécessite souvent des mois de rééducation. Mais la luxation de l’épaule se guérit bien, si on la diagnostique précisément. Car vous allez voir qu’il existe de plusieurs sortes d’instabilité d’épaule…
L’épaule est une articulation assez singulière. Elle est composée de quatre articulations différentes : la gléno-humérale (l’articulation entre l’omoplate, appellée la scapula, et l’humérus, l’os du bras), la scapulo-serrato-thoracique (l’articulation entre la scapula et les côtes), l’acromio-claviculaire (entre la clavicule et l’omoplate) et la sterno-costo-claviculaire (qui relie la clavicule au sternum).
C’est, par définition, un complexe d’articulation qui est très mobile (surtout l’articulation gléno-humérale qui est constituée d’une grosse boule, la tête de l’humérus, posée sur un petit creux, la glène de la scapula). Qui dit beaucoup de mobilité, dit un fort besoin de stabilité.
Pour remédier à ça, nous avons le complexe de la coiffe des rotateurs, de 4 muscles clés (subscapulaire, supra-épineux, infra-épineux, petit rond), qui permettent la stabilité active de l’épaule. Ces muscles travaillent donc toute la journée pour stabiliser notre épaule. Ils sont aidés par les structures passives (labrum, capsule articulaire et ligaments), mais leur rôle est moindre.
La luxation de l’épaule est le pire niveau d’instabilité d’épaule.
L’instabilité de l’épaule est une condition où l’articulation de l’épaule (la gléno-humérale) a tendance à se déplacer ou à sortir de sa position « normale », ce qui peut entraîner une douleur et une incapacité à utiliser l’épaule normalement. Les causes sont multifactorielles (fatigue, faiblesse, choc…).
Combien de personnes sont touchées ?
Selon (Shields, 2018), on retrouve une incidence de 21,9 luxations pour 100000 personnes dans la population générale. Les plus touchés sont les hommes, entre 15 et 25 ans. Les risques sont augmentés s’ils pratiquent un sport avec le bras en l’air, ou du contact avec l’adversaire. C’est donc assez fréquent chez les sportifs et les sportives.

Les instabilités antérieures
L’instabilité antérieure est due à un mouvement trop important de la tête humérale sur la glène de l’omoplate. Normalement ce sont les structures actives (la coiffe des rotateurs) et les structures passives (la capsule articulaire, le labrum et les ligaments) qui permettent de stabiliser la tête humérale.
Si jamais un mouvement ou un choc amènent la tête humérale à bouger trop loin vers l’avant, on fait face à un épisode d’instabilité antérieure. S’il y a une perte de contact totale entre la tête humérale et la glène on parle de luxation. Si le contact n’est pas complètement rompu, on parle de subluxation. Cela peut malheureusement devenir récurrent, avec un taux de récidive qui peut monter jusqu’à plus de 80%.
Les instabilités postérieures et multidirectionnelles
On estime actuellement que 5% des instabilités d’épaule sont des instabilités postérieures (Alepuz, 2017 ; VandenBerghe 2005).
Les instabilités postérieures sont donc rares, et bien souvent ratées lors de l’examen clinique du médecin ou du kiné, à cause d’un manque de connaissance de certains thérapeutes à ce sujet (VandenBerghe, 2005).
En 2005, le taux de non-diagnostique était de 50%. Cliniquement, ces luxations postérieures sont souvent retrouvées sur des chutes sur le dos lors de crise d’épilepsie, des accidents de voiture, ou des chutes avec le bras en adduction et en rotation médiale. Cela peut aussi survenir dans les sports de contact (rugby, foot US) lors d’un « raffut » bras tendu. Les lésions peuvent être labrales (le labrum postérieur qui s’abime), capsulaires, et osseuses.
Est-ce grave une luxation de l’épaule ?
La plupart du temps : non. Mais des examens complémentaires à l’évaluation par un médecin doivent (dans la plupart des cas) être envisagés.
La rééducation est souvent la première option thérapeutique pour la prise en charge de ces instabilités. Le but est d’augmenter la stabilité de l’articulation gléno-humérale, la force des muscles de l’épaule (coiffe des rotateurs, deltoïde postérieur, trapèze et dentelé antérieur), et d’améliorer la proprioception selon (Alepuz, 2017). D’après cette revue de littérature, le traitement conservateur aurait un taux de réussite compris entre 70 et 90%, surtout chez les patients présentant des microtraumatismes répétés (sur-sollicitation) responsables de l’instabilité.

Combien de temps pour une luxation de l’épaule ?
Chez les patients qui présentent des lésions capsulaires ou osseuses, la plupart des auteurs suggèrent qu’un minimum de 6 mois complet de rééducation est nécessaire avant de se prononcer sur une option chirurgicale, mais que les résultats de la rééducation semblent quand même moins bons que chez les patients présentant des instabilités microtraumatiques.
Les objectifs sont donc de :
- Restaurer une bonne mobilité (gléno-humérale et scapulo-thoracique)
- Restaurer un bon contrôle actif de l’articulation gléno-humérale
- Restaurer un bon contrĂ´le scapulaire
- Limitation temporaire de l’adduction horizontale et de la rotation médiale
Est-ce que la rééducation fonctionne pour les instabilités postérieures ?
Comment soigner une luxation de l’épaule ? Pour faire simple, le traitement le plus retrouvé et le plus recommandé pour les instabilités multidirectionnelles (et donc postérieures) est la conception et la réalisation d’un programme d’exercices adaptés.
Donc : oui, la rééducation est le traitement de choix pour les instabilités postérieures et multidirectionnelles.
Malgré ces recommandations, il manque encore des preuves de bonne qualité pour privilégier un type de programme par rapport à un autre, et pour guider les kinésithérapeutes sur les types d’exercices et leur dosage lors de la prise en charge d’une instabilité multidirectionnelle.
Le programme de (Blacknall, 2014), permet d’améliorer la qualité de vie (WOSI) et la fonction (OISS) de manière significative chez 19 patients présentant une instabilité postérieure atraumatique.
Leur programme débute par un bilan et une explication complète de la rééducation au patient. Le programme se focalise ensuite sur un travail proprioceptif, pour améliorer la sensation de la position articulaire, du renforcement des muscles scapulo-thoraciques et gléno-huméraux. Les auteurs ont mis en place un programme avec beaucoup d’exercices en chaine fermée. Un « home-programme » a aussi été expliqué au patient, et devait être réalisé quotidiennement. C’est ce que nous proposons sur nos consultations en ligne.
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Est-ce qu’il vaut mieux se faire opérer pour une instabilité postérieure, ou suivre une rééducation suffit ?

C’est une excellente question. La Société Française d’Arthroscopie (Cruz-Ferreira, 2017) a comparé deux groupes de patients qui présentaient des instabilités postérieures : 19 ont suivi un programme de rééducation, et 26 ont été opérés (14 butées et 12 sutures labrales et capsulaire). Les évaluations ont été réalisées sur un intervalle de temps d’un an. Le traitement chirurgical et la rééducation ont tous deux largement, et significativement, amélioré les scores de Walch-Duplay et le score de Rowe (scores spécifiques des instabilités gléno-humérale). Pour les mêmes variables, la chirurgie était légèrement statistiquement supérieure à la rééducation.
Mais, cette étude a des limites : le suivi sur 12 mois (le taux de récidive est mal connu en fonction du temps), la difficulté de diagnostic des instabilités postérieures, et les deux groupes n’étaient pas identiques au départ, avec une laxité et une douleur plus importantes dans le groupe « rééducation ».
C’est quoi une bonne sĂ©ance de kinĂ©sithĂ©rapie pour une Ă©paule instable ?

Un bon bilan
Le bilan diagnostic kinésithérapique pour une douleur d’épaule est un raisonnement clinique qui lui permet de comprendre la cause de votre douleur d’épaule, son mécanisme d’apparition, son intensité, et d’élaborer un plan de traitement personnalisé. Le kinésithérapeute doit également évaluer les « red-flags » pour écarter toute atteinte potentiellement plus grave (fracture, atteinte nerveuse…). Généralement, il est pertinent de faire des examens d’imagerie pour confirmer le diagnostic et évaluer les potentielles lésions tissulaires associées.
L’Ă©valuation de la fonction et de la douleur
Le kinésithérapeute utilise la plupart du temps des échelles de mesure de la douleur (comme l’échelle visuelle analogique) pour connaitre l’intensité de la douleur, et on peut utiliser des scores similaires pour la fonction (le score de WOSI, par exemple, évalue l’impact de l’instabilité sur la vie quotidienne et la pratique sportive). Mais il faut bien garder en tête que l’instabilité ne rime pas forcément avec douleur (on n’a pas forcément mal lorsque notre épaule est instable). En tout cas, ces chiffres permettent d’avoir des données objectives et subjectives pour suivre l’évolution de la rééducation, et voir ses propres progrès.
Une évaluation des mobilités de l’épaule
Le kinésithérapeute analysera les mouvements actifs et passifs de l’épaule (gléno-humérale et scapulo-serrato-thoracique) pour évaluer la mobilité de l’épaule et identifier les mouvements qui provoquent l’instabilité (la rotation latérale pour l’instabilité antérieure, et l’adduction-rotation médiale pour l’instabilité postérieure). On y associe souvent des tests de force et d’endurance musculaire des muscles clés de l’épaule (supra-épineux, infra-épineux, subscapulaire, petit rond, trapèze, rhomboïde, dentelé antérieur) pour être sûr qu’ils sont capables de stabiliser activement l’épaule.
Une prescription d’exercices avec un programme prĂ©cis
C’est la clé de voûte de la rééducation des instabilités de l’épaule, comme nous venons de le voir. Elle permet de diminuer les symptômes rapidement, et les résultats se maintiennent dans le temps. Mais surtout, cela permet que vous soyez autonome (c’est mieux que d’être dépendant de votre kinésithérapeute à vie).
Pour aller plus loin et optimiser la récupération d’une instabilité d’épaule, notre kit du sportif sans douleur est disponible ⬇️

En attendant, continuez de bien rééduquer votre épaule pour ne plus jamais qu’elle se déboite. Bonne rééducation !