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11 idées reçues sur la créatine

Nutrition

Mis Ă  jour le

Salut mon p’tit pote !

Les rageux. C’est comme cela qu’on appelle gĂ©nĂ©ralement les individus qui, aveuglĂ©s par leur sentiment de jalousie et d’injustice, tentent de crĂ©dibiliser ceux qui rĂ©ussissent. 

Exemple : les footballeurs Belges Ă  chaque Coupe du Monde.

Autre exemple : Tu as bossĂ© comme un chien pendant des mois voire des annĂ©es, tu t’es entrainĂ© comme un Russe dans un goulag, tu as suĂ© Ă  grosses gouttes en salle de sport, tu es restĂ© focus sur ton objectif, tu n’as pas loupĂ© une sĂ©ance… et, fatalement tu as rĂ©ussi ton objectif : prendre du muscle. 

Tu n’es ainsi pas peu fier de remplir ta chemise, qui a d’ailleurs pris une taille, et de rĂ©pondre, faussement modeste, â€śAh bon, tu crois ?” quand on te demande si tes biceps ont grossi. 

RĂ©ponse du rageux ? “Tu as pris des trucs, c’est sĂ»r !” Par â€śtrucs”, il entend complĂ©ment ou supplĂ©ment… tout et n’importe quoi, en fait. Ce ne serait donc pas grâce Ă  ton entraĂ®nement que tu t’es refaçonnĂ© un corps (ou juste tes bras, coucou B2O), tu es simplement DOPÉ. Aucun mĂ©rite, bouh, NUL ! Balancez les tomates ! 

En tĂŞte d’affiche des produits supposĂ©ment dopants, la crĂ©atine. Et attention : si tu admets prendre de la crĂ©atine, c’est pire que d’avouer avoir jetĂ© le petit GrĂ©gory dans la Vologne. 

Mais que dit la science, à ce propos ? Est-ce un produit dopant, est-ce que la créatine fait pousser les pecs tout en restant dans le canapé et pourquoi traîne-t-elle une si mauvaise réputation ?

Pour rĂ©pondre Ă  cette question, appuyons-nous sur ce papier de JosĂ© Antonio (pas Reyes, non, paix Ă  son âme) qui date de 2021. Ce bon vieux JosĂ© (pas Garcia, non, paix Ă  son humour) a en effet repris les idĂ©es reçues les plus populaires Ă  propos de la crĂ©atine, et les a soumises Ă  nos amies les donnĂ©es scientifiques. Okayyyy, let’s go !

IdĂ©e reçue numĂ©ro 1 : La supplĂ©mentation en crĂ©atine entraĂ®ne une rĂ©tention d’eau

C’est le principal effet secondaire supposĂ© associĂ© Ă  la prise de crĂ©atine, certains en prennent d’ailleurs seulement pour ça dans l’espoir de voir leurs muscles gonflĂ©s de flotte ou d’essence Ă  la Vin Diesel. DĂ©solĂ© les petits potes, mais ce serait trop beau. Ou pas, d’ailleurs. 

Sorte de concept jumeau de la gonflette, cette thĂ©orie ne passe pas l’épreuve du feu car les muscles ne grossissent que lorsqu’on crĂ©e du tissu… musculaire. Cette idĂ©e est rĂ©pandue car il est vrai que sur les prises courtes, ou lors des premiers jours des prises longues, les Ă©tudes ont rĂ©vĂ©lĂ© des augmentations du volume d’eau corporelle totale. 

Sauf que ce n’est qu’une rĂ©ponse de l’organisme Ă  court terme, qui met un peu de temps pour gĂ©rer cette augmentation de la concentration en crĂ©atine. Sur la durĂ©e, c’est-Ă -dire entre 5 et 10 semaines selon les Ă©tudes, on ne retrouve plus cette augmentation. 

Pour être exact, on retrouve bien dans plusieurs papiers une augmentation de l’eau corporelle totale, mais elle est liée à une augmentation du tissu musculaire. Plus de muscle, plus de flotte : normal ! Donc pose cette bouteille de Volvic et va pousser de la fonte.

Idée reçue numéro 2 : La créatine est un stéroïde anabolisant

“Ce n’est pas du tout ce que tu crois, c’est un gros malentendu”, jure un mec devant sa femme, qui croit l’avoir chopé dans le lit conjugal avec une autre. Fais un gros effort et imagine ce gars honnête, le queutard dans le pieu n’étant en réalité que son frère jumeau.

Car la créatine est dans la même galère. Avec les stéroïdes, ils se ressemblent en apparence et ont in fine les mêmes résultats (pas dans les mêmes proportions !) : gain en force, gain en puissance, hypertrophie et augmentation des performances.

Sauf que, tels deux frangins avec chacun leur personnalitĂ©, ce sont deux Ă©lĂ©ments Ă  la structure chimique et aux mĂ©canismes complètement diffĂ©rents ! La crĂ©atine est un dĂ©rivĂ© d’acide aminĂ©, qui est utilisĂ© au sein de la cellule pour crĂ©er de l’ATP et donc de l’énergie. 

Les stéroïdes sont de la testostérone de synthèse, qui va stimuler l’expression de certains gènes pour augmenter la synthèse protéique musculaire. On parle là d’un chamboulement hormonal puissant, qui n’est pas sans conséquence sur la santé et le reste du corps.

Les 2 augmentent la taille des muscles, un seul la taille du zgueg. Fais ton choix.

Idée reçue numéro 3 : La créatine est dangereuse pour les reins

Une contre-vérité qui aurait pu sortir de la bouche de Marianne James

Les premières Ă©tudes qui se sont penchĂ©es sur la supplĂ©mentation en crĂ©atine et la santĂ© rĂ©nale datent du dĂ©but des annĂ©es 90. Depuis, des centaines de papiers sont sorties et des dizaines de milliers de sportifs ont recouru Ă  cette supplĂ©mentation. Conclusion : toujours aucune trace de dysfonction rĂ©nale. 

Alors, pourquoi cet acharnement ? “Il n’y a pas de fumĂ©e sans feu !” lancerait le pompier pyroman. Dans notre cas, le feu en question est comparable Ă  une vieille allumette humide qu’un punk a chien utiliserait pour tenter en vain d’allumer son mĂ©got : une vieille Ă©tude moisie datant de 1998 oĂą on la crĂ©atine a Ă©tĂ© mis au banc des accusĂ©s, le taux sanguin de crĂ©atinine mesurĂ© Ă©tant supĂ©rieur Ă  la moyenne chez un patient. 

Ce dernier n’avait pas de nouveau symptĂ´me, mais ce taux a alertĂ© les auteurs qui ont en fait le raccourci suivant : les reins sont en surcharge, arrĂŞtez tout ! La crĂ©atine, c’est très mauvais. 

Reste que cela a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ© comme faux par de nombreux auteurs qui ont rĂ©agi Ă  ce papier, chose cependant insuffisante pour que cela soit rectifiĂ© par ceux de cet article. Ajoutons que ce patient en question souffrait d’une maladie rĂ©nale depuis 8 ans et Ă©tait sous immunosuppresseur, by the way… De lĂ  est partie une belle rumeur.

Mais, mais, mais ! Les papiers se sont multipliĂ©s depuis, l’objectif Ă©tant d’éviter un problème de santĂ© publique. Et devine quoi ? Les seuls troubles rĂ©naux constatĂ©s Ă©taient dus Ă  autre chose, comme Ă  un autre mĂ©dicament pris en mĂŞme temps, une maladie rĂ©nale prĂ©existante, une autre supplĂ©mentation ou des prises d’anabolisants… 

Dans les seuls cas où la créatine était la seule responsable, les nigots concernés en avaient ingéré plus de 100 fois la dose recommandée. Donc à part si tu prends autre chose ou si tu fais le forceur à gober une boite entière tous les jours, pas la peine de s’inquiéter pour tes reins.

Quant Ă  toi, Marianne, garde tes conseils et continue tes vocalises.

Idée reçue numéro 4 : La créatine provoque la perte des cheveux et/ou la calvitie

Elle est belle, celle-lĂ  ! Encore une fois, elle ne sort pas de nulle part mais d’une Ă©tude sur des rugbymans oĂą les rĂ©sultats ont Ă©tĂ© largement extrapolĂ©s. Je te prĂ©viens, accroche-toi… 

La prise de crĂ©atine a Ă©tĂ© concomitante Ă  l’augmentation de la dihydrotestotĂ©rone, molĂ©cule dĂ©rivĂ©e de la testostĂ©rone après dĂ©gradation. Cette augmentation Ă©tait cliniquement insignifiante, rien que l’activitĂ© physique intense pouvant au passage engendrer de tels rĂ©sultats. 

Mais bon, admettons. Cette molĂ©cule a la particularitĂ© de se fixer aux rĂ©cepteurs androgènes des follicules pileux, ce qui peut provoquer la perte des cheveux. De lĂ , les mecs ont conclu “ALERTE : la crĂ©atine fait perdre les cheveux !” Comme l’impression qu’il n’était pas loin de midi, et que les mecs voulaient filer Ă  la cantoche. 

Petit détail : pas un seul participant n’avait perdu ses cheveux ! L’étude a été reproduite plusieurs fois, et les résultats n’ont jamais été retrouvés. Tiens dont… 12 autres papiers ont étudié l’effet de la créatine sur la testo, et toujours pas de lien.

Donc non, si tu as une calvoche à la Zizou qui débute, ce n’est pas à cause de ta supplémentation en créatine. Fais comme tout le monde, laisse pousser un côté pour rabattre les cheveux, mets une casquette ou va en Turquie.

Idée reçue numéro 5 : La créatine entraîne une déshydratation et des crampes

Pour le coup, cela pouvait se comprendre : la prise de crĂ©atine reprĂ©sentant une substance osmotique active, elle peut modifier la distribution de l’eau corporelle en prĂ©fĂ©rant se stocker en intra-cellulaire plutĂ´t qu’en extra et on a vu dans les chapitres prĂ©cĂ©dents que cette « rĂ©tention » d’eau est prĂ©sente Ă  court terme. 

Mettons qu’une grosse activitĂ© est rĂ©alisĂ©e, avec un contexte de tempĂ©rature et d’humiditĂ© Ă©levĂ©s : le corps transpire, perd donc le peu d’eau extra-cellulaire qui lui reste, on se retrouve face Ă  une dĂ©shydratation et donc des crampes (mĂŞme si le lien reste encore Ă  prouver) … 

Sauf qu’en pratique, ce n’est pas du tout ce qui se passe. Une Ă©tude a ainsi montrĂ© que dans ces mĂŞmes conditions, les joueurs de foot utilisateurs de crĂ©atine avaient significativement moins de crampes, moins de malaises liĂ©s Ă  la chaleur et moins de dĂ©shydratation par rapport aux autres footeux. 

Encore plus fou : la créatine a été testée chez des patients hémodialysés, souffrant fréquemment de crampes. 12 g de créatine 5 minutes avant la dialyse, et PAF : 60% de crampes en moins par rapport aux groupes contrôle. Donc non, la créatine n’engendre pas de crampe ou de déshydratation, c’est même tout le contraire.

La morale de cette histoire : ce n’est pas parce que c’est logique que c’est réellement ce qu’il se passe.

Idée reçue numéro 6 : La créatine est nocive pour les enfants et les adolescents

L’écrasante majoritĂ© des preuves indique que la prise de crĂ©atine est sĂ»re et bien tolĂ©rĂ©e chez les adultes. Mais chez les enfants ? On imagine mal des scientifiques prendre le risque d’administrer ce poison Ă  des enfants… 

Hé bien pourtant, ils l’ont fait ! Le contexte était très différent du milieu sportif, mais cela peut nous apporter des informations intéressantes : pour lutter contre les symptômes de pathologies pas franchement marrantes, comme la dystrophie de Duchenne, les médecins ont tenté la prise de créatine

Bien sĂ»r, les marqueurs de santĂ© Ă©taient suivis de près et multiples : fonction rĂ©nale, fonction hĂ©patique, hĂ©mato, marqueurs inflammatoires, santĂ© osseuse… Tout y passe. Et aucun effet nĂ©gatif relevĂ© sur des prises de plus de 6 mois. 

On a même retrouvé des effets neurologiques positifs, des améliorations de la force de préhension et des augmentations de la masse maigre. Pas mal, pour une substance « dangereuse » !

Donc dans l’état actuel des connaissances, on ne peut pas dire que la créatine soit dangereuse pour les enfants et les adolescents. On me glisse dans l’oreillette que la musculation serait également bénéfique pour cette tranche d’âge, première nouvelle !

La suite très bientôt…

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A tato !

Bibliographie :

Antonio, Jose, Darren G. Candow, Scott C. Forbes, Bruno Gualano, Andrew R. Jagim, Richard B. Kreider, Eric S. Rawson, et al. “Common Questions and Misconceptions about Creatine Supplementation: What Does the Scientific Evidence Really Show?” Journal of the International Society of Sports Nutrition 18, no. 1 (January 2, 2021): 13. https://doi.org/10.1186/s12970-021-00412-w.

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