Salut mon p’tit pote !
On a tous connu ce gars, arrivant au stade à la bourre, un Big Mac tout juste englouti, qui s’est entrainé à peine 2 fois au cours des 6 derniers matchs, et qui sort ses chevillères avant de rentrer sur le terrain. « Faudrait pas que jme pète » dit-il pour se justifier à qui veut bien l’entendre.
Et bien sûr, tu faisais partie de ceux qui se moquaient gentiment de lui, pensant qu’en terme de prévention des blessures, il avait tout faux. Et bien tu avais TORT ! Voilà , c’est dit.
Les chevillères : une stratégie préventive validée
Et lĂ tu te demandes dĂ©jĂ : pourquoi mettre une chevillère ? T’inquiètes, on va y venir.
En réalité, tu avais peut-être raison d’émettre des doutes sur la majorité de sa stratégie préventive. Mais mais mais… concernant les chevillères, désolé mon pote, mais c’est lui qui avait raison. Plus qu’à aller s’excuser platement.
En effet, contrant un bon nombre d’avis d’experts ou de professionnels de santé, les chevillères, même au long cours, ne seraient pas si mauvaises que cela. Et accroche toi bien, elle permettrait même de diminuer le nombre d’entorse de cheville.
Des preuves scientifiques solides
C’est en tout cas ce que révèle une revue de littérature de 2018 de Barelds et al. qui ont poncé le sujet.
Tout est dans le titre « L’attelle de cheville est efficace pour la prévention primaire et secondaire des blessures aigües de la cheville chez les athlètes : revue systématique et méta-analyse ». Voilà , merci bonsoir.
Sauf que toi, tu n’es pas du genre à te contenter de lire seulement le titre ou la conclusion. Toi, tu aimes aller au fond des choses, donc on va y aller ensemble. Prends-moi la main, je t’emmène.
Les détails clés
Cette revue de littérature ne récence que 6 ECR, c’est peu. En revanche, les papiers en question sont costauds comme Arnold sous stéroïdes. Ils regroupent à eux cinq plus de 6700 participants, tous sportifs. On a du volleyeur, du basketteur, du footeux et pour avoir un peu de Tennessee, on a aussi du football américain.

Les participants étaient divisés en 2 groupes : ceux qu’on laissait tranquilles, et ceux qui devaient porter les chevillères à tous les entrainements et tous les matchs, sur une ou 2 saisons selon les études. Simple, et bougrement efficace.
Des différences embêtantes
Seul hic, les attelles utilisées étaient différentes d’une étude à l’autre. On retrouvait des attelles rigides (1 étude), semi rigides (2 études), à lacets (2 études) et les 3 types étaient utilisés dans la dernière étude… Ça va être simple pour conseiller tes patients !
Les résultats sans équivoque
Mais tout de même, les résultats sont sans appel : ça marche. Les gugus qui portent des chevillères se blessent moins aux chevilles (toutes patho confondues).
Concernant la prévention primaire, le risque relatif calculé est de 0,53. BOUM. En d’autres termes, les sportifs n’ayant jamais eu d’entorses de cheville ont un risque de subir une entorse de cheville qui diminue de 47% s’ils portent une chevillère.
Mais attends, ce n’est pas tout : pour la prévention secondaire, c’est-à -dire éviter la rechute chez des sportifs ayant un antécédent d’entorse, le risque relatif passe à 0,37. Soit une diminution de risque de rechute de 63%. Monumental.
Pourtant, ce n’étaient pas les conclusions de la revue de littérature de Handoll et al. (2001). S’ils avaient également trouvé que les attelles étaient efficaces en prévention secondaires, les chiffres étaient bien moins élevés, et ils ne trouvaient pas d’effet significatif pour les sportifs avec antécédents.

Pourquoi de telles différences ?
Déjà , parce que de nouvelles études sont sorties entre temps, et elles pèsent lourd dans la balance. Ensuite parce que Handoll ne se contentait pas des attelles, il incluait également les strappings (et même une étude avec des chaussures hautes). Or il a été montré que les straps sont moins efficaces, de par le manque de restriction articulaire et la diminution de son effet pendant la pratique du sport.
D’ailleurs, quelle est la diffĂ©rence entre une attelle et une chevillère ? L’attelle est plus rigide, et on l’utilise après une blessure, alors que la chevillère est plus « souple », et on l’utilise en « prĂ©vention » (enfin… normalement).
De plus, les résultats montraient tout de même une sacrée tendance en faveur des chevillères, mais peinait à passer sous la barre mythique du p=0,05. Si les résultats ne sont pas significatifs, cela ne veut pas forcément dire qu’il n’y aucun effet !
Go sur les attelles rigides ?
Si on revient sur la revue de Barelds (2018), on se rend compte que la seule étude qui « affaiblit » l’effet protecteur global est celle de Frey et al. (2010).
Sauf que cette étude est très particulière : le groupe « attelle » était composé de 650 participants, contre 20 pour le groupe contrôle. Pourquoi une telle différence ? parce qu’il y avait en réalité 4 groupes d’intervention, avec une attelle différente pour chacun…
Chose intéressante : Plus l’attelle était rigide, plus les résultats étaient bons, et donc moins les chevilles étaient à risque… Ce qui confirme ce qu’Handoll (2001) avait conclu.
Et si on prenait un peu de recul ?
En effet, les attelles rigides semblent plus efficaces que les souples, pour éviter les entorses de cheville. Et si on les comparait à une immobilisation complète, une cheville plâtrée par exemple, sans doute trouverons nous encore moins d’entorses… Encore plus efficace : rester dans son canapé !
En d’autres termes, moins la cheville peut ou doit bouger, moins il y aura de risque de blessure. Mais est-ce réellement la solution ?

Il est évident qu’un des facteurs de risque les plus importants est la pratique d’un sport, surtout lorsqu’il nécessite des sauts, des changements de direction, de l’incertitude…
Et la performance dans tout ça ?
Il y a un gros oubli dans ces études : à aucun moment dans ces études, il n’est question de performance.
Si on prend l’exemple d’un footballeur, la pratique de son sport nécessite une motricité fine, une grande mobilité et une force importante au niveau de la cheville pour performer. Si tu lui imposes une chevillère rigide, sans doute aura-t-il moins de blessures… Mais de peu de chance qu’on le voit évoluer à son plus haut niveau.
Les chevillères sont une aide efficace pour limiter les entorses de cheville, mais elles présentent de nombreux désavantages.
Et si on parle de ces satanĂ©s entorses de cheville… j’allais dĂ©buter un paragraphe long comme un rouleau de strap, mais une vidĂ©o vaut mieux que 1000 mots Ă©crits :
La prévention, la vraie
On me demande souvent : « quand faut-il mettre la chevillère ? ». En rĂ©alitĂ©, ce n’est pas vraiment une bonne question. RĂ©flĂ©chissons diffĂ©remment.
Les stratégies de prévention ne devraient pas rendent plus faible ou dépendant. Nous devons nous tourner dans un premier temps vers des stratégies préparant les sportifs et sportives aux contraintes qui seront imposées lors de leur pratique.
Allons vers plus de force, plus de mobilité, plus de contrôle ! Cela rendra nos sportifs plus forts, plus performants, et moins à risque de blessure. Et grâce à ça, tu as la réponse à la question la plus recherchée sur le net à ce sujet : « combien de temps porter une chevillère ? ».
Car la rĂ©ponse est en rĂ©alitĂ©… dans le paragraphe du dessus !
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Allez, Ă tato !
Bibliographie
