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La fin des entorses grâce aux chevillères ?

Conseils kiné du sport

Mis Ă  jour le

Ă€ retenir

Les chevillères rigides réduisent efficacement le risque d'entorse de cheville chez les sportifs : de 47% en prévention primaire et de 63% en prévention secondaire selon une méta-analyse de 2018. Cependant, cette protection ne doit pas remplacer un vrai travail de renforcement, mobilité et contrôle pour performer et devenir réellement plus robuste.

  • Les chevillères rigides diminuent le risque d'entorse de 47% chez les sportifs sans antĂ©cĂ©dent et de 63% chez ceux ayant dĂ©jĂ  eu une entorse.

  • Plus une chevillère est rigide, plus elle est efficace pour prĂ©venir les blessures de cheville.

  • Les chevillères ne règlent pas tout : un vrai travail de force, mobilitĂ© et contrĂ´le musculaire reste essentiel pour performer et prĂ©venir durablement les blessures.

  • La prĂ©vention idĂ©ale consiste Ă  prĂ©parer le corps aux contraintes du sport plutĂ´t que de seulement limiter les mouvements.

Salut mon p’tit pote !

On a tous connu ce gars, arrivant au stade Ă  la bourre, un Big Mac tout juste englouti, qui s’est entrainĂ© Ă  peine 2 fois au cours des 6 derniers matchs, et qui sort ses chevillères avant de rentrer sur le terrain. « Faudrait pas que jme pète Â» dit-il pour se justifier Ă  qui veut bien l’entendre.

Et bien sĂ»r, tu faisais partie de ceux qui se moquaient gentiment de lui, pensant qu’en terme de prĂ©vention des blessures, il avait tout faux. Et bien tu avais TORT ! VoilĂ , c’est dit.

Les chevillères : une stratégie préventive validée

Et lĂ  tu te demandes dĂ©jĂ  : pourquoi mettre une chevillère ? T’inquiètes, on va y venir.

En réalité, tu avais peut-être raison d’émettre des doutes sur la majorité de sa stratégie préventive. Mais mais mais… concernant les chevillères, désolé mon pote, mais c’est lui qui avait raison. Plus qu’à aller s’excuser platement.

En effet, contrant un bon nombre d’avis d’experts ou de professionnels de santé, les chevillères, même au long cours, ne seraient pas si mauvaises que cela. Et accroche toi bien, elle permettrait même de diminuer le nombre d’entorse de cheville.

Des preuves scientifiques solides

C’est en tout cas ce que révèle une revue de littérature de 2018 de Barelds et al. qui ont poncé le sujet.

Tout est dans le titre « L’attelle de cheville est efficace pour la prĂ©vention primaire et secondaire des blessures aigĂĽes de la cheville chez les athlètes : revue systĂ©matique et mĂ©ta-analyse Â». VoilĂ , merci bonsoir.

Sauf que toi, tu n’es pas du genre à te contenter de lire seulement le titre ou la conclusion. Toi, tu aimes aller au fond des choses, donc on va y aller ensemble. Prends-moi la main, je t’emmène.

Les détails clés

Cette revue de littérature ne récence que 6 ECR, c’est peu. En revanche, les papiers en question sont costauds comme Arnold sous stéroïdes. Ils regroupent à eux cinq plus de 6700 participants, tous sportifs. On a du volleyeur, du basketteur, du footeux et pour avoir un peu de Tennessee, on a aussi du football américain.

Les participants Ă©taient divisĂ©s en 2 groupes : ceux qu’on laissait tranquilles, et ceux qui devaient porter les chevillères Ă  tous les entrainements et tous les matchs, sur une ou 2 saisons selon les Ă©tudes. Simple, et bougrement efficace.

Des différences embêtantes

Seul hic, les attelles utilisĂ©es Ă©taient diffĂ©rentes d’une Ă©tude Ă  l’autre. On retrouvait des attelles rigides (1 Ă©tude), semi rigides (2 Ă©tudes), Ă  lacets (2 Ă©tudes) et les 3 types Ă©taient utilisĂ©s dans la dernière Ă©tude… Ça va ĂŞtre simple pour conseiller tes patients !

Les résultats sans équivoque

Mais tout de mĂŞme, les rĂ©sultats sont sans appel : ça marche. Les gugus qui portent des chevillères se blessent moins aux chevilles (toutes patho confondues). 

Concernant la prévention primaire, le risque relatif calculé est de 0,53. BOUM. En d’autres termes, les sportifs n’ayant jamais eu d’entorses de cheville ont un risque de subir une entorse de cheville qui diminue de 47% s’ils portent une chevillère.

Mais attends, ce n’est pas tout : pour la prĂ©vention secondaire, c’est-Ă -dire Ă©viter la rechute chez des sportifs ayant un antĂ©cĂ©dent d’entorse, le risque relatif passe Ă  0,37. Soit une diminution de risque de rechute de 63%. Monumental.

Pourtant, ce n’étaient pas les conclusions de la revue de littérature de Handoll et al. (2001). S’ils avaient également trouvé que les attelles étaient efficaces en prévention secondaires, les chiffres étaient bien moins élevés, et ils ne trouvaient pas d’effet significatif pour les sportifs avec antécédents.

Pourquoi de telles diffĂ©rences ?

Déjà, parce que de nouvelles études sont sorties entre temps, et elles pèsent lourd dans la balance. Ensuite parce que Handoll ne se contentait pas des attelles, il incluait également les strappings (et même une étude avec des chaussures hautes). Or il a été montré que les straps sont moins efficaces, de par le manque de restriction articulaire et la diminution de son effet pendant la pratique du sport.

D’ailleurs, quelle est la diffĂ©rence entre une attelle et une chevillère ? L’attelle est plus rigide, et on l’utilise après une blessure, alors que la chevillère est plus « souple », et on l’utilise en « prĂ©vention » (enfin… normalement).

De plus, les rĂ©sultats montraient tout de mĂŞme une sacrĂ©e tendance en faveur des chevillères, mais peinait Ă  passer sous la barre mythique du p=0,05. Si les rĂ©sultats ne sont pas significatifs, cela ne veut pas forcĂ©ment dire qu’il n’y aucun effet !

Go sur les attelles rigides ?

Si on revient sur la revue de Barelds (2018), on se rend compte que la seule Ă©tude qui « affaiblit Â» l’effet protecteur global est celle de Frey et al. (2010). 

Sauf que cette Ă©tude est très particulière : le groupe « attelle Â» Ă©tait composĂ© de 650 participants, contre 20 pour le groupe contrĂ´le. Pourquoi une telle diffĂ©rence ? parce qu’il y avait en rĂ©alitĂ© 4 groupes d’intervention, avec une attelle diffĂ©rente pour chacun…

Chose intĂ©ressante : Plus l’attelle Ă©tait rigide, plus les rĂ©sultats Ă©taient bons, et donc moins les chevilles Ă©taient Ă  risque… Ce qui confirme ce qu’Handoll (2001) avait conclu.

Et si on prenait un peu de recul ?

En effet, les attelles rigides semblent plus efficaces que les souples, pour Ă©viter les entorses de cheville. Et si on les comparait Ă  une immobilisation complète, une cheville plâtrĂ©e par exemple, sans doute trouverons nous encore moins d’entorses… Encore plus efficace : rester dans son canapĂ© !

En d’autres termes, moins la cheville peut ou doit bouger, moins il y aura de risque de blessure. Mais est-ce rĂ©ellement la solution ?

Il est évident qu’un des facteurs de risque les plus importants est la pratique d’un sport, surtout lorsqu’il nécessite des sauts, des changements de direction, de l’incertitude…

Et la performance dans tout ça ?

Il y a un gros oubli dans ces Ă©tudes : Ă  aucun moment dans ces Ă©tudes, il n’est question de performance. 

Si on prend l’exemple d’un footballeur, la pratique de son sport nĂ©cessite une motricitĂ© fine, une grande mobilitĂ© et une force importante au niveau de la cheville pour performer. Si tu lui imposes une chevillère rigide, sans doute aura-t-il moins de blessures… Mais de peu de chance qu’on le voit Ă©voluer Ă  son plus haut niveau. 

Les chevillères sont une aide efficace pour limiter les entorses de cheville, mais elles prĂ©sentent de nombreux dĂ©savantages. 

Et si on parle de ces satanĂ©s entorses de cheville… j’allais dĂ©buter un paragraphe long comme un rouleau de strap, mais une vidĂ©o vaut mieux que 1000 mots Ă©crits :

La prévention, la vraie

On me demande souvent : « quand faut-il mettre la chevillère ? ». En rĂ©alitĂ©, ce n’est pas vraiment une bonne question. RĂ©flĂ©chissons diffĂ©remment.

Les stratĂ©gies de prĂ©vention ne devraient pas rendent plus faible ou dĂ©pendant. Nous devons nous tourner dans un premier temps vers des stratĂ©gies prĂ©parant les sportifs et sportives aux contraintes qui seront imposĂ©es lors de leur pratique. 

Allons vers plus de force, plus de mobilitĂ©, plus de contrĂ´le ! Cela rendra nos sportifs plus forts, plus performants, et moins Ă  risque de blessure. Et grâce Ă  ça, tu as la rĂ©ponse Ă  la question la plus recherchĂ©e sur le net Ă  ce sujet : « combien de temps porter une chevillère ? ».

Car la rĂ©ponse est en rĂ©alitĂ©… dans le paragraphe du dessus !

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Allez, Ă  tato ! 

Bibliographie

Barelds I, Van Den Broek AG, Huisstede BMA. Ankle Bracing is Effective for Primary and Secondary Prevention of Acute Ankle Injuries in Athletes: A Systematic Review and Meta-Analyses. Sports Med. 2018;48(12):2775-2784.

Handoll HH, Rowe BH, Quinn KM, De Bie R. Interventions for preventing ankle ligament injuries. In: The Cochrane Collaboration, ed. Cochrane Database of Systematic Reviews. John Wiley & Sons, Ltd; 2001:CD000018.

Frey C, Feder KS, Sleight J. Prophylactic Ankle Brace Use in High School Volleyball Players: A Prospective Study. Foot Ankle Int. 2010;31(4):296-300.

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