Salut mon p’tit pote !
Petit Hibou. C’est comme cela qu’on l’appelait, avant son envol pour les vents dollarés du Moyen-Orient. Un Italien d’1m65, qui a régalé les amateurs de football pendant plus de 10 ans sur les terrains de Ligue 1 avec le maillot du Paris Saint-Germain. Ceux qui se souviennent de lui peuvent mentionner ses dribbles, son art de manier les petits espaces et sa capacité inégalable à prendre des cartons jaunes. Mais ils se rappellent aussi sans peine de ses nombreuses blessures, qui ont gâché une carrière qui s’annonçait extraordinaire.
La zone la plus soumise aux pépins ? Le mollet, sans aucun doute. Marco joue, dribble, se pète le mollet, sort du terrain, revient 3 mois plus tard, dribble de nouveau… et se pète le mollet de plus belle. Combien de fois l’histoire s’est-elle répétée ? Et malheureusement, le Petit Hibou parti trop tôt est loin d’être le seul concerné.
Alors, pourquoi les blessures au mollet sont-elles si compliquées et pourquoi sont-elles autant soumises aux récidives ? Est-ce que la littérature scientifique nous apporte des éléments de réponse ?
On se refait les fondamentaux sur le mollet
D’abord, précisons notre propos de base. Parce que des pathologies au mollet, il y en a autant que de quarts de finale de Champions League perdus par le PSG. Nous allons donc nous concentrer sur les lésions myo-aponévrotiques des muscles principaux que constituent le mollet, c’est-à -dire les Gastrocnémiens Médiaux et Latéraux (GM et GL) ainsi que le Soléaire.

D’autres muscles peuvent être touchés comme le tibial postérieur, les longs fléchisseurs de l’hallux et des orteils voire même ce petit coquin de plantaire. Un bon testing permettra de mettre hors de cause ces muscles-là .
Et évidemment, un bilan impeccable est indispensable pour éliminer les diagnostics différentiels nombreux et bien plus emmerdants comme les pathologies vasculaires ou neurologiques. Si on passe à côté, c’est comme opter pour une défense à 3 version Laurent Blanc face à Manchester City : on est sûr et certain de se planter.
Ok, c’est une lésion musculaire ! Et après ?
Une fois la lĂ©sion musculaire d’un des principaux muscles mise en Ă©vidence, il va falloir la jouer fine pour proposer une rééduc en fonction du muscle et de ses caractĂ©ristiques. On n’Ă©volue pas de la mĂŞme façon avec Edinson Cavani, Zlatan Ibrahimovic ou Kylian MbappĂ© en pointe.
Commençons par le Soléaire, celui-ci étant constitué quasiment essentiellement de fibres de type 1. Il s’agit donc un muscle paré pour l’endurance, à la N’Golo Kanté version 2018. Les lésions se produiront lors d’efforts trop longs, ou sous fatigue. Clairement, c’est le signe d’un surmenage. Il est mono-articulaire, on pourra donc l’isoler en mettant notre gugus en flexion de genou.

Les gastrocnémiens, quant à eux, sont beaucoup plus pourvus de fibres de type 2 (à hauteur de 50%). Ce sont donc des muscles plus à même de créer de la vitesse, de l’explosivité. Les blessures surviennent la plupart du temps sur des sprints, des sauts ou des démarrages. C’est le cas du fameux “tennis leg” : typiquement, le joueur de tennis qui entame une course vers l’avant en partant d’une vitesse nulle. Le mollet produit de la force en position étirée, cheville en flexion, genou en extension : BIM, ça lâche au niveau de l’aponévrose entre le Soléaire et le GM. Mamma Mia !
Autant on privilégiera l’endurance de force dans le premier cas, autant on tendra vers de plus en plus d’explosivité dans le second en restant genou tendu pour être sûr de le solliciter.
Ne t’arrête pas sur la zone, le tissu c’est la base
Mais en réalité, la zone anatomique touchée n’est pas l’élément le plus important : en effet, c’est plutôt le type de tissu touché qui va être déterminant pour savoir si notre champion a une chance d’être présent pour les échéances importantes (ce qui n’était jamais le cas pour notre Marco… sauf pour la Remontada, tiens donc !).
Car d’un point de vue général, plus il y a de tissu conjonctif touché et plus longue sera la mise sur la touche. C’est particulièrement vrai pour le mollet puisqu’il est bourré d’aponévrose, et c’est pour ça que ça traîne en longueur !
L’aponévrose étant moins bien vascularisée, la cicatrisation est donc plus lente. Aussi, la réponse à la charge est moins bonne : le tissu s’adapte moins vite, et la progression fonctionnelle est donc également plus lente. Fatalement, on est donc éloigné des terrains plus longtemps.

Pour le mollet, la zone avec le moins bon pronostic serait au niveau de l’aponévrose centrale intramusculaire du Soléaire. Une étude sur des joueurs de football australien (et non pas des joueurs australiens de football) trouve une durée moyenne de 44 jours, pour cette blessure. On n’est pas bien pour la C1, si ça pète en février !
Un arrêt et puis s’en va ?
Mais du coup, vu le temps que Verratti a passé sur le bord du terrain… Ça a bien fini par cicatriser et ça ne devrait pas repéter, right ?
Et bien, c’est malheureusement un peu plus compliqué que cela.
D’après Green et al. (2017), un des principaux facteurs de risque serait le dĂ©ficit de production de force. C’est-Ă -dire que mĂŞme rééduquĂ©, rĂ©habilitĂ©, rĂ©entraĂ®nĂ©, le petit Marco traĂ®ne toujours la patte : le mollet ne retrouve pas sa force maximale initiale. Pourquoi ? Un enchaĂ®nement d’Ă©vĂ©nements peuvent expliquer cela.
D’abord, la commande neuro-motrice se fait moins bien et une inhibition se met en place pour “protéger” le muscle susceptible de se léser à nouveau. Ensuite, le muscle présente souvent une infiltration de tissus non contractiles qui viennent altérer la performance fonctionnelle. Enfin, cela aboutit à une atrophie musculaire. Et ces phénomènes prennent de l’ampleur à chaque récidive. Donc plus on se blesse, moins on a de force, plus on se blesse… Abou Diaby et Yoann Gourcuff, si vous lisez ces lignes…
Et encore, il ne s’agit mĂŞme pas des deux facteurs de risque principaux qui ont bien plus d’influence… En effet, toujours selon Green, 2 facteurs intrinsèques et non modifiables trĂ´nent sur le podium de la casse : l’âge et le fait de s’ĂŞtre dĂ©jĂ blessĂ© sur cette zone. Pour le coup, on ne peut pas faire grand-chose…

Donc plus tu te blesses, plus tu te blesses… Encore une fois !
On a ainsi un sacré combo magique pour notre Petit Hibou, qui pourrait expliquer en partie pourquoi il est passé d’un niveau international aux bas-fonds du Qatar : Marco s’est blessé au mollet, une zone riche en tissu conjonctif, il ne s’en est pas bien remis, sûrement pressé par le temps et tenté de revenir pour jouer au plus vite. Son mollet a perdu en force et lui a pris de l’âge, inexorablement. Ajoutons à cela qu’il partage avec le hibou un goût prononcé pour les activités nocturnes…
Cela dit, c’est à nous, kinés et prépas, de s’armer et de proposer le meilleur afin de ne pas rentrer dans cette spirale infernale. Un bilan précis et complet est un indispensable, afin de bien démarrer et ne pas partir à l’aveugle. Ensuite, essayons de nous adapter au mieux : à la patho, à la zone concernée, au tissu touché, à la progression, au contexte et bien évidemment à notre patient. Avec tout ça, nous mettons au moins toutes les chances de notre côté et nous limitons les regrets en cas d’énième coup dur… ou d’énième élimination en Ligue des Champions.
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A tato !

Bibliographie
Green, Brady, and Tania Pizzari. “Calf Muscle Strain Injuries in Sport: A Systematic Review of Risk Factors for Injury.” British Journal of Sports Medicine 51, no. 16 (August 2017): 1189–94. https://doi.org/10.1136/bjsports-2016-097177.
Green, Brady, Monica Lin, Jodie A. McClelland, Adam I. Semciw, Anthony G. Schache, Andrew H. Rotstein, Jill Cook, and Tania Pizzari. “Return to Play and Recurrence After Calf Muscle Strain Injuries in Elite Australian Football Players.” The American Journal of Sports Medicine 48, no. 13 (November 2020): 3306–15. https://doi.org/10.1177/0363546520959327.
Green, Brady, Jodie A. McClelland, Adam I. Semciw, Anthony G. Schache, Alan McCall, and Tania Pizzari. “The Assessment, Management and Prevention of Calf Muscle Strain Injuries: A Qualitative Study of the Practices and Perspectives of 20 Expert Sports Clinicians.” Sports Medicine – Open 8, no. 1 (December 2022): 10. https://doi.org/10.1186/s40798-021-00364-0.